Constantin Mardoukhaev : "Une manière internationale de regarder le monde"
Rencontre avec Constantin Mardoukhaev, fondateur d'Axiom Academic, réseau de soutien scolaire d'excellence pour enfants expatriés, et ancien du Lycée français de Moscou.
Quel lycée à l’étranger as-tu fréquenté et pourquoi tes parents t’y ont-ils inscrit ?
J’ai fait ma scolarité au Lycée français de Moscou, où j’ai passé mon bac en 2007.
Avant de partir vivre en Russie, j’habitais à Paris, dans le 15e arrondissement, et j’étais scolarisé dans un collège du quartier Pasteur.
Étant franco-russe, j’ai grandi à la croisée de deux cultures. Pour mes parents, il était important que je puisse poursuivre ma scolarité dans le système éducatif français. M’inscrire au Lycée français de Moscou était donc une suite assez logique.
Contrairement à la grande majorité de mes camarades, français ou francophones, j’étais finalement assez peu dépaysé en arrivant à Moscou. Je parlais et lisais déjà le russe, ce qui facilitait considérablement mon intégration dans la vie quotidienne.
Je pense d’ailleurs que ma grande curiosité et mon intérêt pour les autres viennent en partie de cette double culture. J’ai toujours eu ce sentiment d’être un peu différent, de n’appartenir jamais complètement à un seul monde. Et quand on grandit avec ce sentiment, on cherche naturellement à comprendre d’où viennent ces différences, pourquoi les gens pensent ou vivent autrement. Je crois que c’est ce qui m’a donné ce goût pour les rencontres, les échanges, les débats et, plus généralement, cette envie permanente de découvrir et de comprendre les autres.
Quel a été ton parcours universitaire après le lycée et quelle est ton activité aujourd’hui ?
Après mon bac à Moscou, je suis parti en France faire des classes préparatoires scientifiques, puis j’ai intégré l’École des Mines d’Alès.
Un parcours assez classique d’ingénieur sur le papier. Sauf que j’ai très vite compris que j’avais envie d’entreprendre. Je n’ai finalement passé qu’à peine cinq ans dans le salariat avant de me lancer. J’avais cette conviction que je pourrais être plus utile en créant quelque chose, en développant mes propres idées et en construisant un projet qui ait du sens.
Aujourd’hui, je suis cofondateur d’Axiom Academic, une agence internationale de soutien scolaire qui accompagne des familles expatriées et des élèves de différents systèmes éducatifs, notamment français, britannique et international.
Ce qui est assez amusant, c’est que j’ai fini par créer une entreprise qui accompagne des élèves qui vivent exactement ce que j’ai vécu vingt ans plus tôt.
Et depuis quelques années, je consacre aussi beaucoup de temps à la technologie et à l’intelligence artificielle pour repenser notre manière de travailler, mais aussi, plus largement, pour réfléchir à la manière d’accompagner l’éducation des jeunes dans un monde où l’IA devient omniprésente et, surtout, incontournable.
Quels sont tes souvenirs les plus fous de ces années lycée ?
Je me souviens notamment d’un voyage scolaire assez incroyable, en classe de première, sur les îles Solovki, tout au nord de la Russie, en mer Blanche.
On avait passé plus de 24 heures dans un train-couchettes, avant de prendre un brise-glace pour rejoindre l’archipel !
Sur place, on avait découvert un monastère vieux de plusieurs siècles, mais aussi un lieu chargé d’histoire, puisque les îles avaient abrité l’un des premiers camps du Goulag soviétique, notamment raconté par Alexandre Soljenitsyne dans son célèbre ouvrage L’Archipel du Goulag.
Avec le recul, je me dis que ce n’est quand même pas banal comme voyage scolaire ! Et c’est aussi ça, la richesse d’avoir grandi et étudié à l’étranger : vivre des expériences qu’on n’aurait probablement jamais connues ailleurs.
Qu’as-tu gardé de ces années : amis, esprit, culture, valeurs ?
D’abord, des amitiés solides ! J’ai gardé plusieurs amis de mes années collège et lycée, dont beaucoup ne sont d’ailleurs jamais rentrés vivre en France. Résultat, on se retrouve aujourd’hui un peu partout dans le monde, et dès que je voyage quelque part, il y a presque toujours un copain ou une copine qui n’est pas très loin !
Mais je crois que ce que j’en ai surtout gardé, c’est une certaine liberté d’esprit et un vrai sens de l’entraide.
Quand on grandit entre plusieurs pays et plusieurs cultures, on comprend assez vite qu’il n’existe pas une seule manière de penser, de vivre ou de réussir.
On apprend à s’adapter, à être curieux, à remettre en question ce qui semble évident, mais aussi à compter les uns sur les autres.
Et je pense que c’est une formidable école pour devenir entrepreneur.
Aujourd’hui, je vis et travaille à l’international, et cette capacité à naviguer entre les cultures fait complètement partie de mon quotidien.
Finalement, le lycée français à l’étranger ne m’a pas seulement donné une éducation française. Il m’a donné une manière internationale de regarder le monde.
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